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L'Équation du nénuphar

Non, il ne faut pas aller à l'école pour ingurgiter le programme, s'enterrer sous les devoirs et les leçons, entasser les diplômes !

Apprendre, c'est d'abord s'interroger. Formuler ses questions. Chercher les réponses. Critiquer ses propres raisonnements. Suivre son chemin.

Apprendre, c'est développer en soi l'irrévérence, l'initiative, la liberté de l'esprit.

C'est construire son intelligence.

Albert Jacquard

Pourquoi enseigner les danses de société ?

 

Pour le plaisir,

 

Pour transmettre,

 

Amener de la joie,

 

Faire du relationnel,

 

Faire de l’éducation physique, et plus tard sportive,

 

Faire connaitre les fondamentaux,

 

Faire connaitre toutes les danses, l’histoire de chacune,

 

Former des citoyens, (autonomie, tolérance, rapport homme-femme, développement d’un certain couple du 21ème siècle, et non du 19ème siècle)*,

 

Développer sa passion de la pédagogie.

L’ENSEIGNEMENT

JOSÉPHINE BRADLEY (Traduction de Christian Dubar)

« De temps en temps, n’en avez-vous pas assez d’enseigner ? » J’ai dû répondre plusieurs fois à cette question et je me suis toujours demandé pourquoi les gens pensaient qu’enseigner pouvait être lassant. La lassitude ne peut pas exister sans la monotonie, et enseigner est tout sauf monotone, car deux élèves ne se ressemblent jamais tout à fait. Il y a l’amateur qui entre et qui sort de votre école après y avoir passé une ou deux semaines ; il y a le couple qui vient une ou deux fois pour un conseil particulier avant telle ou telle compétition, et il y a l’étudiant professionnel.

 

C’est de cet étudiant professionnel dont je vais parler dans cet article. Il va passer avec vous assez de temps pour que vous puissiez développer son esprit autant que vous lui apprendrez à danser. Là est la grande différence entre former un amateur et former un professionnel. Pour le premier, danser est la chose la plus importante, mais il y a beaucoup plus à faire avec le second. L’enseignant du futur a bien d’autres choses à apprendre en plus de ses pas.

 

Si l’on me demandait ce que sont, à mon avis, les qualités essentielles de l’enseignant, je dirais : patience, persévérance, tact, personnalité et, enfin, une dernière qualité, et non la moindre, cette chose qui échappe à la définition et que l’on appelle le charme (là, je vais certainement être accusée de me jeter un bouquet de fleurs sacrément gros). Toutes ces choses, pourtant, doivent être transmises à l’étudiant professionnel car, sans elles, il n’ira pas bien loin dans sa carrière. Prenons-les dans l’ordre dans lequel nous les avons énumérées

 

L’enseignement demande une grande quantité de patience, autant pour apprendre que pour enseigner, et l’étudiant devra entraîner longuement sa mémoire avant de se lancer. Il est en effet si facile d’oublier combien de temps il nous a fallu pour apprendre tel ou tel pas, et nous ne réalisons pas toujours que « l’incroyable lenteur et la stupidité » de notre élève ont peut être été surpassées par la nôtre lorsque nous étions à son stade !

 

Persévérance : encore une nécessité, autant pour apprendre que pour enseigner.

 

Tact : des océans de cette qualité sans prix sont nécessaires et plus tôt l’étudiant l’acquerra, mieux ce sera.

 

La personnalité aussi compte beaucoup. Je conseille toujours à mes étudiants de se fier à eux-mêmes le plus vite possible et de ne pas copier les autres de trop près. Mon but est de faire en sorte que chacun exprime sa propre personnalité le plus vite possible.

 

Enfin, nous arrivons à cette chose indéfinissable qui est le charme. C’est de façon certaine une nécessité pour être un enseignant réussi. Je pense que la sympathie et une certaine connaissance de la nature humaine ont beaucoup à voir avec le charme, mais une bonne mémoire de toutes ces petites choses de tous les jours que vous confient vos élèves vous aideront beaucoup à prendre le chemin de leur estime. Toutes ces choses doivent être enseignées au professionnel en plus de ce qu’il doit savoir de la danse même.

TECHNIQUE DES DANSES DE SOCIÉTÉ V2.3 I-F-D-S

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BnF - Bibliothèque nationale de France

 

Le verbe « danser » est attesté depuis le XIIe siècle. Il désigne alors des formes de danses élégantes ou solennelles. Et il est intéressant de noter qu’il est propre à la langue d’oïl, de la famille linguistique romane des parlers de la moitié Nord de la France. Ce terme « danser » s’est ensuite répandu dans les langues voisines comme l’italien, l’espagnol et l’anglais. Et non l’inverse !

Mais son origine reste mystérieuse. Il existait probablement un étymon, c’est-à-dire un mot racine, d’origine germanique. On trouve au verbe « danser » une proximité avec « deinzein » en néerlandais, qui signifie s’éloigner, mais aussi avec l’islandais « dynta » qui veut dire s’agiter. En ancien haut allemand, le terme « dansôn » signifie aussi tirer/s’étendre et pourrait laisser imaginer une référence à une danse en ronde où l’on tournait en se tirant.

Dès le XIIème siècle le verbe « danser » désigne « l’exécution d’une suite réglée de pas suivant un rythme musical ». Le mot « danse » signifie à la fois le mouvement du corps mais aussi la pièce musicale composée pour la chorégraphie. Le vocabulaire de la danse est très riche : il regroupe de nombreux termes techniques propres à la chorégraphie et au ballet, mais il comporte aussi celui de la danse spectacle, de la danse populaire et plus tard de la danse de salon. A partir du XIXème siècle, avec le développement des genres de danse, on note de très nombreux emprunts depuis la « polka » polonaise, la « valse » allemande, le « tango » argentin jusqu’au « hip hop » américain contemporain.


Illustration : Hiver 1894-1895, mercredi 16 janvier, Redoute des étudiants, Jules Chéret

Au XIXe siècle, le couple apprenait à peine à danser proche, et pas encore en contact (le 5e point, "foie à foie", ou flanc droit à flanc droit) (de plus des pieds ouverts comme en classique). Encore en 1922, la polémique resurgissait à propos du tango (Voir le livre Danseront-elles ? de l'époque) 

 

Au XXe, le couple s'est mis en contact très progressivement, donc vraiment dans l'emboîté, mais c'était toujours l'homme qui dirigeait et la femme qui suivait. Il dirigeait "en bon père de famille", c'est-à-dire en prenant seul les décisions, et la femme devait obéir, si ce n'était devancer ses désirs.

 

Au XXIe, le couple a changé (lire la sociologie du rapport homme-femme d'aujourd'hui). Les femmes dirigent aussi, l'homme n'est plus le centre du monde (le soleil) autour duquel le satellite femme (la lune) tourne (le fameux "Tour du monde", en rumba, traduction bien française qui montre notre retard dans ce domaine). On ne traîne plus la femme par terre comme un tissu en paso doble. Lire Ruud Vermey (Hollandais) qui a écrit, en 1994 : « Si ceux qui développent les danses latino-américaines ne prennent pas en compte l'évolution du statut socio-économique de la femme, ces danses disparaîtront tout simplement » Et cela date de 20 ans.

 

Lorsque les compétitions sont apparues, l'homme "prenait soin de la femme" en étant légèrement courbé sur elle, alors qu'elle était très cambrée en arrière à la taille, ce qui explique que la technique, encore aujourd'hui (Howard) soit différente entre l'homme et la femme à cause de cette différence de posture (voir le slow fox-trot). Je n'ai jamais suivi ses conseils, car j'ai souhaité que chacun des deux danseurs soit sur son axe, et que l'on ne casse pas les reins des femmes sur le prétexte qu'elles sont souples, abandonnées, pâmées ou je ne sais quoi. 

On voit bien, dans la nouvelle conception du tango (l'enseignement argentin), que les rôles sont bien plus équilibrés. La femme ne "caracole plus autour de l'homme", comme il était écrit à l'époque. Et si, chez certains, ce côté machiste ne disparaît pas, le tango lui-même disparaîtra. 

Aujourd'hui, il n'est plus de mauvais goût de dire, ce que j'ai écrit dernièrement à propos des "renversés" français, et que j'ai toujours dit : après que le garçon a guidé la fille dans un tour sous le bras, C'EST À LUI DE SUIVRE SA DANSEUSE, et non pas de lui apprendre où elle doit aller, le savoir par cœur (comme on leur apprenait à coudre pour réparer les chemises de leurs maris), déclencher au moindre signal et respecter ce qu'on lui a appris. C'est, pour moi, de l'antiguidage que de partir de l'idée que la fille doit savoir où elle doit aller et ne pas aller, dans un fan, par exemple, et les grands danseurs le savent très bien, qui "broient la technique au service d'un propos".

CD

Le professeur de danse est principalement, comme tout enseignant, un intermédiaire entre un savoir et un enseigné.

C’est lui qui doit trouver le meilleur langage pour que l’enseigné fasse sienne la connaissance qui lui est proposée.

De fait, le professeur de danse est à la disposition de l’enseigné.

Il doit donner à ses élèves les bons outils afin qu’ils puissent obtenir de l’autonomie et de la liberté.

Il doit être passionné, patient, disponible, avoir du tact et de l’écoute, affirmer et défendre sa pédagogie ainsi que ses objectifs.

Il ne doit pas mettre en avant sa connaissance, et pourtant montrer ce qu’il sait pour donner envie.

 

Il doit avoir :

- Un minimum de connaissance de la nature humaine ainsi qu’une certaine connaissance de lui-même et un certain équilibre personnel.

- De l’humour, donner une image sympathique.

- Une bonne connaissance de la technique enseignée sans qu’elle ne prenne toute la place.

- Une bonne représentation visuelle du mouvement enseigné dans les deux rôles.

- Une bonne approche pédagogique du sujet, avec une progression linéaire du début à la conclusion.

- Une vue globale et individuelle de la classe.

- Une prise de conscience immédiate du non fonctionnement de la méthode.

- Une bonne présence dans le cours assurée par la voix, le débit de paroles, le vocabulaire, les réponses précises aux questions, la franchise et la simplicité.

- Un très bon rapport à la musique pour faire découvrir aux élèves les structures rythmiques afin de leur apporter plus de liberté.

- Une bonne approche anatomique afin de pouvoir contrôler le confort physique de ses élèves.

- Un résultat final qui corrobore la méthode utilisée.

Il doit pouvoir sortir et appliquer un des éléments fondamentaux de la danse de couple à tout moment (espace, rythme, positions & énergie) et utiliser la transversalité…

Il doit mettre en avant le guidage : comment le danseur transmet les informations et comment la danseuse les réceptionne sans ambiguïté.

Il doit faire comprendre aux élèves la nécessité de changer de partenaire durant le cours pour développer la connexion.

Il ne doit pas imposer de chorégraphie durant les cours pour développer l’improvisation afin de donner à ses élèves la possibilité de danser avec tout le monde ce qui est essentiel en danse de société.

Absolument pas d’autoritarisme (ne pas imposer mais savoir convaincre).

Il ne doit pas craindre qu’on le mette en cause, il doit être franc, rester simple et savoir se remettre en question.

Il doit encourager ses élèves, surtout ceux qui ont des difficultés.

Il doit être ponctuel et assidu...

Soignez le premier contact avec vos élèves en début d’année

« Vous n’aurez pas deux occasions de faire une bonne première impression » Coco Chanel

À lire : France SCHOTT-BILLMANN, docteur en psychologie et danse-thérapeute, chargée de cours en université (Paris 7, Paris 5), présidente de l’association Danse Rythme Lien social et Thérapie (DRLST), présidente d’honneur de la Société Française de Danse-Thérapie (SFDT), auteur de différents ouvrages sur l’anthropologie de la danse.

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